Lorsque je suis arrivée à Jinan, fin novembre 2006, je ne parlais tout simplement pas un mot de chinois. Je me rappelais juste de quelques mots de politesse appris dans mes voyages
précédents...
Je ne m'inquiétais pas, mes collègues de l'Alliance Française étaient tous francophones et je restais persuadée que l'anglais était la langue universelle....mais les chinois vivent-ils
seulement dans le même univers ?
Parmi mes amis du Mei Hua, tous pouvaient bredouiller quelquer mots d'anglais, mais certains seulement osaient les faire sortir de leur bouche...Combien de fois ai-je entendu "my English
is poor", combien de fois m'ont-ils expliqué, en chinois, qu'ils savaient lire en anglais mais ne savaient pas s'exprimer....C'était moi qui avais décidé de m'expatrier, c'était moi qui voulais
rejoindre leur groupe, c'était donc aussi à moi de faire l'immense effort d'apprendre le chinois...un vrai challenge, le mandarin est la langue la plus difficile que je n'ai jamais apprise, une
langue qui n'offre aucun repère aux occidentaux : à l'oral comme à l'écrit, l'effort est immense !
J'aurai pu prendre mon temps, ne pas me mettre de pression, rencontrer des chinois anglophones et francophones dans un premier temps...mais j'ai voulu intégrer le plus vite possible le groupe de
Mei Hua et je me suis donc mis la pression pour apprendre le plus vite leur langue, pour pouvoir comprendre la culture chinoise expliquée en version originale...
J'ai tout d'abord commencé à apprendre toute seule, avec une amie chinoise qui venait me faire pratiquer un peu l'oral de temps en temps...insuffisant. Je me suis donc inscrit en cours de mandarin
à l'université, ce qui correspondait à faire de l'apprentissage du mandarin une activité à plein temps ! Et pour être encore plus efficace, je décidai d'entrer dans le système du Fudao et de
choisir mon fudao parmi les pratiquants de Mei Hua.
Fudao : système de tutorat, cours particulier en plus des cours officiels. Tous les enfants chinois (du moins une grandepartie) ont des cours de Fudao le soir ou le week-end pour acquérir un "plus"
par rapport à leurs camarades : une langue vivante, des cours de musique, d'art, d'histoire, ...tout peut être prétexte à un cours de fudao. En Chine, les étudiants étrangers sont très demandeurs
de ce genre de cours pour rencontrer des étudiants chinois à qui ils demandent des cours particuliers, une, deux, trois fois par semaine, tous les jours pour les plus motivés.
J'ai donc choisi mon Fudao parmi mes camarades de Mei Hua. Etudiant en littérature,passionné de livres, de musique, de films, d'histoire, il avait la lourde tâche de non seulement de me faire
progresser rapidement à l'oral, mais surtout de m'initier à la culture chinoise, aux termes du Wushu (Kong Fu), et aussi m'expliquer ce qui se passait autour du moi sur le terrain de pratique. Ces
cours de Fudao duraient deux heures, une ou deux fois par semaine, et se terminaient souvent en cours particuler d'épée ou de boxe, dans mon salon....
Comme nous faisions des cours de discussion et des cours de Mei Hua chez moi, nous avons évidemment eu une relation très particulière, très étroite. J'étais respectueuse de la pudeur chinois, de la
réserve et de la distance sociale locale. Mais je suis et resterai toujours une occidentale, ouverte et chaleureuse....Sans doute m'a t'il prit pour une tarée excentrique au début, puis il s'est
adapté à mon tempérament et il s'est lui aussi peu à peu ouvert. Ce fut le premier chinois non francophone ni anglophone qui a réussi à ma parler de l'histoire politique de la Chine, de la
situation sociale en Chine, de l'influence occidentale, d'idées et d'opinions tout simplement. Puis il m'a expliqué les termes pratiques et les systèmes de pensée du Mei Hua. Je pense réellement
que sans lui, je n'y serai tout simplement jamais arrivé !
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